Les temps suspendus de Denis Olivier
Qu'il soit équipé d'un Hasselblad argentique ou d'un Canon 5D numérique,
Denis Olivier a la même exigence et travaille de la même manière, nous donnant
ainsi à voir des images au rendu hors du temps, graphiques et intimistes.
Par Cécile Genest, avril 2007.
- Comment êtes-vous devenu photographe ?
Je dois la découverte inconsciente à ma famille depuis ma naissance, passionnée
de photographie à la grande époque du noir et blanc argentique. Nous avions
d'ailleurs dans la maison une pièce dédiée au laboratoire de photographie,
toujours opérationnel. Puis j'ai fait des rencontres durant les Beaux-Arts en
découvrant d'autres approches créatives. J'ai surtout appris grâce aux livres et
beaucoup de temps passé à tester, pour comprendre et ainsi mieux ressentir ce
dont j'avais besoin techniquement pour m'exprimer.
- Combien de temps consacrez-vous quotidiennement à votre site, extrêmement agréable à consulter, et à la communication de vos images ?
Je n'ai pas d'astreinte. Je développe moi-même mes outils pour la mise en ligne,
il me faut donc très peu de temps pour m'en occuper. Tout au plus je corrige ou
améliore son fonctionnement. Quotidiennement, le temps passé est quasi-nul, je
le prends juste au moment de la mise en ligne d'une photographie. Concernant la
communication sur mon travail, Internet est un avantage sans aucune mesure, en
terme de rapidité d'échange, et j'y passe environ 1 heure par jour, ce qui
comprend : lecture et réponse aux mails, consultation de sites ou de projets
collaboratifs auxquels je participe.
- Quel est votre matériel ?
J'ai utilisé des Hasselblad argentique, Holga, Kiev 88, mais maintenant je fais
pratiquement tout au Canon 5D, qui remplit parfaitement sa fonction d'outil
créatif. Je l'ai choisi d'ailleurs uniquement pour cela.
- Sur quel sujet travaillez-vous en ce moment ?
Je travaille sur des vues de Bordeaux, avec un Holga, un appareil argentique en
plastique chinois rudimentaire au format 120, à focale et vitesse fixe. J'aime
beaucoup son rendu hors du temps, nostalgique et romantique et je redécouvre le
plaisir du cliché sans technique, au feeling, et de l'attente de l'apparition
des images avant que je ne développe mes films.
- Vous utilisez beaucoup la pose longue, de sorte que vos images paraissent intemporelles. Quel est votre moment favori de la journée pour faire vos prises de vue ?
Au lever du jour et à la tombée de la nuit, et bien évidemment la nuit, mais avec un peu de lune, même voilée pour modeler les volumes.
- Vos images sont très minimalistes. Quels sont les espaces que vous recherchez et les paysages qui vous attirent le plus ?
J'aime beaucoup les paysages pluvieux comprenant de l'eau, des nuages, qui sont
autant d'éléments en mouvement qui façonnent mes photographies. Je dois souvent
me "perdre" pour découvrir des endroits insoupçonnables. Il faut d'ailleurs
aller chercher ces lieux, faire la démarche d'aller plus loin, une photographie
réussie est souvent le résultat, ou la récompense d'une assiduité créative.
- Faîtes-vous vos tirages vous-même ?
Oui. Qu'ils soient argentiques ou numériques.
Des passionnés d'Art, des collectionneurs, le plus souvent sur le marché
américain. En France, acheter une photographie n'est pas dans les moeurs, et
cette technique peu associée à de l'Art, car potentiellement réalisable par le
tout à chacun.
- Quels sont vos futurs projets ? Quel matériel photographique aimeriez- vous posseder ?
Je travaille sur une exposition pour juin à Saint-Emilion, et une est en cours à
la Base sous-marine de Bordeaux. Je travaille sur divers projets personnels,
n'effectuant que très rarement des travaux de commande. Concernant le matériel,
rien de spécial. Ce ne sont que des outils, et je les sélectionne en fonction de
mes besoins. Pour le moment, j'ai tout ce qu'il me faut, la possession
matérielle ne me faisant pas vibrer du tout, contrairement au voyage et la
découverte de nouveaux lieux photographiquement excitants.
Denis Olivier : des images hors du temps
"Voyage - temps suspendu" , tel est le titre de l'exposition de Denis Olivier à la Base sous-marine de Bordeaux, dans le cadre du festival "Itinéraire des Photographes Voyageurs".
Un titre qui résume bien sa démarche : qu'il soit équipé d'un Hasselblad argentique ou d'un Canon 5D numérique, Denis Olivier a la même exigence et travaille de la même manière, nous donnant ainsi à voir des photographies au rendu hors du temps, graphiques et intimistes.
Un portraitiste du paysage
Après des études à l'école des Beaux-Arts, il parcours la France et l'Europe à la recherche de paysages, parfois jusqu'à se perdre. Du film au tirage ensuite, en passant par la mise en ligne de ses photos sur son site, Denis Olivier réalise tout son travail "post-prise de vue". Un travail à découvrir au festival de Bordeaux, puis en juin prochain à Saint-Emilion.